Candidate au titre de Reine de Cornouaille, Kristell Vigouroux se confie pour eostiged.bzh avant le grand week-end.

 

 

Kristell, pourrais-tu commencer par te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Kristell Vigouroux, j’ai 26 ans et je suis danseuse aux Eostiged depuis 18 ans maintenant. Je suis infirmière à Paris depuis que j’y ai terminé mes études. Je vis ma vie entre Paris et Quimper.

 

Tu vis à Paris mais tu es toujours membre du groupe. Tu ne te dis pas que c’est un peu fou de faire tous ces trajets pour des répétitions de danse bretonne ?

Oui, je sais que je suis un peu folle. Je vis ma passion pour la danse d’une façon déraisonnable, mais lorsqu’on est passionné on ne compte pas, on le vit à fond. J’y trouve une telle satisfaction personnelle ! J’ai bien tenté d’arrêter une année mais je n’ai tenu que 6 mois…

 

Ils en disent quoi, tes amis parisiens qui ne connaissent pas grand-chose à tout ça ?

D’un côté, ils trouvent ça sympa et ils s’y intéressent, même s’ils font quelques blagues pleines de clichés sur les bigoudènes. D’un autre côté, c’est vrai qu’ils ne comprennent pas que je passe la plupart de mes week-ends en Bretagne et que je ne parte pas en vacances car on a des spectacles…

 

Les Eostiged, ça a quelle importance dans ta vie ?

C’est ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ça m’a permis de m’épanouir et d’évoluer humainement, mais ça m’a aussi inculqué des valeurs, comme une famille.

 

Tu te vois continuer encore de nombreuses années ? Tu y as réfléchi ?

J’aimerais réussir à arrêter un jour. La moyenne d’âge est très basse alors je n’ai pas envie de me sentir trop âgée. Mais je sais que je n’en suis pas encore capable. Ce serait tourner une page de ma vie et c’est vraiment dur de s’y résoudre quand on a encore la passion.

 

"Quand j’étais petite c'était un rêve.

J'ai d'autres rêves maintenant"

 

Et donc, Reine des Eostiged, ça signifie quoi pour toi ? C’est un statut à part dans le groupe ? Tu penses avoir des « responsabilités » particulières dans ce rôle ?

C'est une responsabilité en quelque sorte oui, car je porte l’image du groupe le temps d’un week-end. J’ai envie de faire la fierté de mon groupe.

 

Etre Reine de Cornouaille, c’est un rêve de petite fille pour toi ? Quelles sont tes motivations ?

Quand j’étais petite ça l’était, oui. Mais, je suis plus âgée, j’ai grandi, je sais que ça ne changera pas ma vie. Je le prends comme une belle expérience, ainsi qu’une fierté de représenter les Eostiged à Quimper. J’ai d’autres rêves maintenant.

 

Peux-tu nous parler de ton costume de Reine ?

Je vais porter un costume des environs de 1915. C’est un costume de cérémonie simple, sans broderies. Je voulais montrer que tout le monde ne se mariait pas dans des costumes pleins de broderies dans le pays Glazik. De plus, à cette époque, de nombreux couples se sont mariés un peu à la hâte avant que les hommes ne partent sur le front. Ils n’avaient pas toujours le temps de concevoir des costumes de mariés.

 

Le dossier que tu vas présenter Samedi porte un titre assez mystérieux. Peux-tu nous expliquer ce qu’il contient et pourquoi ce choix ?

« Bretons ! bretons… ». L’identité bretonne : c’est quoi être breton aujourd‘hui ?

Vivant à Paris, je me suis moi-même un peu différenciée des autres en affirmant que je suis bretonne. Pourtant je suis française au même titre que mes amis parisiens ou d’autres régions. D’où mon questionnement qui en a découlé sur ce que ça veut dire, pour chacun d’être breton en terme d’identité, de nos jours et pour les générations futures.

 

"Les bretons ont un fort sentiment

de devoir être fiers de l'être."

 

Ça t’a appris quelque chose ? A modifié ta façon de voir les bretons ? Tu imaginais le rapport des gens à la Bretagne d’une autre manière ?

Ça m’a apporté une grosse réflexion sur la conception d’ « être breton » et j’ai réalisé qu’on est nombreux à se la poser. En tout cas les bretons ont un fort sentiment de devoir être fiers de l’être. Pourquoi ? Peut-être que cela trouve ses origines dans les années 1900, avec l’interdiction de la langue, les bretons traités de « ploucs » à paris, le cliché de Bécassine (qui était une image quasi-raciste contre les bretons !). Tout ça a contribué à unir cette population et la tendance s’est inversée ensuite. On est fiers d’être breton, et l’identité bretonne est très forte partout. Rien que le drapeau breton, c’est un symbole connu partout.

 

C’est un thème très actuel et parfois sensible pour beaucoup de gens. Tu l’as ressenti ?

Beaucoup de gens ont leur propre définition de « l’identité ». Chacun a la sienne finalement. C’est un sujet sensible car ça touche chacun d’entre nous intimement. Dans ce dossier, je n’ai pas cherché à donner mon opinion mais plutôt à retranscrire ce que chacun ressent. Il en ressort que la plupart des bretons interrogés sont plutôt des gens ouverts sur les cultures, sur le monde. On est tous différents, mais on est unis par cette identité bretonne qu’on cherche tous à porter haut, d’une façon ou d’une autre. J’ai fait un questionnaire en ligne sur le sujet, et j’ai eu 340 réponses alors que je ne l’ai pas diffusé à tant de monde. Ca prouve que les gens sont touchés et concernés par le sujet.

 

Tu as demandé conseil aux précédentes Reines de Eostiged pour tes travaux?

Oui, Carole et Charlotte (les deux dernières reines), m’ont dit que le festival est très différent quand tu es reine. Finalement, c’est une expérience que peu de gens vont vivre, car on est une quinzaine chaque année.

 

Comment abordes-tu ce week-end en tant que candidate ?

C’est étrange car je ne me sens pas stressée dans ma tête, mais mon corps trahit un peu de stress quand même. Samedi, je vais montrer qui je suis, je vais présenter un dossier fait avec le cœur, qui va être jugé, donc il y’a forcément un peu de pression. Il y a aussi l’envie de ne pas décevoir ceux qui m’ont soutenue.

 

Comment expliques-tu le succès populaire de ce moment particulier des résultats ?

Le festival touche les quimpérois de près ou de loin depuis 95 ans ! De la même manière que cette envie d’être candidate était en moi sans vraiment pouvoir l’expliquer, ce moment fort concerne quelque part un peu tous les quimpérois qui viennent le dimanche au festival.

 

Que penses-tu de cette élection à une époque où elle pourrait sembler un peu désuète ?

C’est vrai que ça paraît un peu contradictoire : moi, jeune femme actuelle, qu’est-ce que je fais dans un costume d’il y a 100 ans à me présenter à un concours de reines? Et pourtant, je sens que ça fait partie de moi comme je l’ai dit. Défendre une culture jeune et qui évolue, c’est aussi défendre l’héritage qu’il y a derrière. Et puis, les gens croient qu’on juge juste le physique, mais pas du tout ! On bosse toutes pour faire un dossier, on y met vraiment du cœur, ce n’est pas un concours de beauté. C’est dommage que la finalité du concours soit réduite à cela.

 

Quelle sera ta réaction si tu es élue Reine de Cornouaille ?

Je ne pars pas dans l’optique « est-ce que je vais être élue ou pas »… Bien sûr, j’aimerais l’être mais j’y vais surtout pour la fierté d’être candidate et l’envie de vivre ce week-end à fond. Advienne que pourra. D’ailleurs, j’ai une anecdote : dans le dossier d’inscription qu’on rend au festival, il y a une question « Etes-vous prétendante au titre de Reine de Cornouaille ? » … (rires) On a toutes trouvé ça bizarre, qui va répondre non à ça ?

 

Un dernier mot personnel pour finir ?

Ça m’a vraiment frappé de découvrir une communauté bretonne aussi solidaire, soudée. Des inconnus m’ont aidée à préparer mon dossier, à reconstituer le costume en retrouvant différentes pièces. C’est fou comme les gens sont solidaires, j’aime encore plus ma Bretagne après ça !

 

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Propos recueillis par nos soins.

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